Article publié dans la catégorie Conseils du médecin par la Maison de Santé de Formerie — Dr LAHOSA Marie Line, médecin généraliste à Formerie (60220).

Conseils du médecin

Jeûne hydrique de 5 jours, ce que traverse votre corps et quand il faut arrêter

Dr LAHOSA Marie Line21 juillet 202627 min de lecture

Jeûne hydrique 5 jours : ce qui se passe vraiment

Il est 22 heures, vous en êtes au troisième jour, vous avez mal à la tête depuis ce matin, et vous cherchez à savoir si c'est normal ou si c'est le moment de s'inquiéter. Vous n'êtes pas seul à lire cette page dans cet état. D'autres préparent un jeûne hydrique de 5 jours pour la semaine prochaine et veulent savoir à quoi s'attendre. D'autres ont déjà décidé et cherchent surtout qu'on leur dise que c'est jouable. D'autres viennent de recommencer à manger et se demandent pourquoi la balance est remontée de trois kilos en deux jours.

Nous ne publierons pas de programme jour par jour à suivre, ni de menu de reprise. Nous décrivons ce que fait votre organisme, et à partir de quel signe la question n'est plus négociable.

Nous sommes ceux qui vous reçoivent après. Voici ce que nous regardons. Précision utile pour lire la suite sans arrière-pensée : nous ne proposons ni séjour de jeûne, ni accompagnement, ni complément.

Arrêtez et faites-vous voir aujourd'hui si

  • malaise, perte de connaissance même brève, ou vertige qui persiste alors que vous êtes assis ou allongé ;
  • palpitations, cœur irrégulier, douleur dans la poitrine, essoufflement inhabituel ;
  • mal de tête qui ne cède pas alors que vous buvez, surtout s'il s'accompagne de fièvre ;
  • vomissements ou diarrhée, ou impossibilité de garder l'eau ;
  • confusion, désorientation, difficulté à trouver ses mots ;
  • faiblesse musculaire marquée, crampes intenses, fourmillements ;
  • urines très foncées ou quasi absentes depuis plusieurs heures.

Ces signes ne se négocient pas et ne se passent pas en dormant. En cas de malaise avec perte de connaissance, de douleur thoracique ou de confusion, appelez le 15.

Que se passe-t-il dans votre corps pendant un jeûne hydrique de 5 jours ?

Un jeûne hydrique de 5 jours consiste à ne boire que de l'eau pendant cinq jours. L'organisme épuise son glycogène puis bascule vers les corps cétoniques. Cette durée sort du cadre où des données de sécurité existent : elle expose à une déshydratation avec fuite de sodium, et la reprise reste la phase la plus à risque.

Trois bascules se mettent en route. Le glycogène du foie, votre réserve de sucre immédiatement disponible, s'épuise. Le foie se met à fabriquer du glucose à partir des acides aminés et du glycérol, c'est la néoglucogenèse. Et la production de corps cétoniques monte. Ces trois mouvements ne se succèdent pas proprement comme des chapitres : ils se chevauchent, à des vitesses qui varient d'une personne à l'autre selon la masse grasse, l'activité, l'état nutritionnel de départ.

Il y a un quatrième phénomène, et c'est celui dont on ne parle presque jamais. Dès l'arrêt alimentaire, votre apport de sodium tombe à zéro, et l'insuline s'effondre. Or l'insuline est anti-natriurétique : elle freine l'élimination du sodium par le rein. Sa chute lève ce frein. Le rein se met alors à éliminer du sodium, et du potassium avec lui. Cette fuite est maximale entre J1 et J4, et elle s'arrête immédiatement dès le premier apport de glucides (Zanchi et al., Front Endocrinol 2020;11:217).

La cascade qui suit explique presque tout le reste. Moins de sodium et moins d'eau, c'est un volume sanguin qui baisse. Un volume qui baisse, c'est une pression artérielle qui descend. Et une pression qui descend, ce sont des vertiges au lever, une hypotension quand vous vous mettez debout, parfois une syncope, de la fatigue et des maux de tête. Autrement dit : la plupart des symptômes que les forums attribuent à une crise de détoxination sont la signature d'un déficit en eau et en sel.

Reste la disparition de la faim, qui frappe tout le monde et que beaucoup interprètent comme un feu vert. Elle est réelle et elle est fréquente : 93,2 % des jeûneurs d'une large cohorte rapportent une absence de sensation de faim (Wilhelmi de Toledo et al., PLOS ONE 2019;14(1):e0209353). Le mécanisme est identifié, les corps cétoniques abaissent directement la ghréline, l'hormone qui déclenche l'appétit (Stubbs et al., Obesity 2018).

À retenir La disparition de la faim, c'est un effet des cétones sur une hormone de l'appétit, pas un feu vert. Elle survient chez la quasi-totalité des jeûneurs, y compris chez ceux qui font un incident. Un signal biologique éteint n'est pas un signal biologique rassurant.

Ce que vivent les jeûneurs, jour par jour

Voici ce que la physiologie prévoit, ce que les jeûneurs décrivent le plus souvent, et ce qui, à chaque étape, doit faire arrêter.

JourCe qui se passe dans l'organismeCe que les jeûneurs rapportentSignes qui imposent d'arrêter et de consulter
J1Le glycogène du foie s'épuise, l'insuline chute, le rein commence à éliminer du sodium et du potassiumFaim par vagues, irritabilité, mal de tête souvent lié au sevrage en caféineMalaise, sueurs et tremblements chez une personne traitée pour un diabète, quel que soit le traitement
J2Réserves de sucre épuisées, le foie fabrique du glucose à partir des acides aminés et du glycérol, la production de corps cétoniques démarreLa faim s'estompe, haleine à l'odeur particulière, vertiges en se levantVertige qui persiste assis ou allongé, malaise avec perte de connaissance même brève, palpitations
J3Cétonémie en hausse, la fuite de sodium se poursuit, le déficit en eau et en sel devient cumulatif. C'est le jour où est survenu l'incident le plus grave rapporté sous surveillance médicaleFaim quasi absente, maux de tête, nausées, insomnie, ce que les forums appellent la crise du troisième jourMal de tête qui ne cède pas à l'hydratation, surtout avec fièvre et tension qui monte, vomissements répétés, impossibilité de garder l'eau
J4Cétose installée, transition vers l'épargne des protéines engagée mais loin d'être achevée, pression artérielle basse fréquenteFatigue, frilosité, insomnie, alternance de clarté mentale et de brouillard, crampesConfusion, difficulté à trouver ses mots, crampes intenses ou fourmillements, douleur thoracique, essoufflement inhabituel
J5Déficit en eau, en sodium, en potassium et en magnésium cumulé sur cinq jours. L'organisme est au milieu de sa transition métabolique, pas au boutAbsence de faim persistante, faiblesse à l'effort, cœur qui s'accélère au moindre mouvementSyncope, cœur irrégulier, faiblesse musculaire marquée, urines très foncées ou quasi absentes, toute aggravation d'un signe des jours précédents

Ce tableau décrit. Il ne prescrit pas. La colonne de droite n'est pas une liste de désagréments à endurer : c'est une liste de motifs d'arrêt.

Sources : Zanchi et al., Front Endocrinol 2020 ; Finnell et al., BMC Complement Altern Med 2018 ; da Silva et al., Nutr Clin Pract 2020.

En quoi 5 jours de jeûne diffèrent-ils vraiment de 3 jours ?

C'est la question qui amène la plupart des lecteurs ici, et elle mérite une réponse honnête avant tout le reste.

Il n'existe aucune étude qui identifie une ligne rouge à J4. Le risque n'est pas un interrupteur, c'est un continuum qui monte avec la durée. Et c'est précisément ce qui rend l'auto-évaluation dangereuse : il n'y a pas de signal net qui vous prévient que vous avez changé de zone.

Ce que les données montrent est plus modeste et plus utile. Sur 768 séjours de jeûne hydrique strict, la sévérité maximale des événements indésirables est corrélée positivement à la durée du séjour (ρ = 0,28, p < 0,001). Traduction fidèle : les événements les plus sévères sont plus fréquents quand le jeûne se prolonge. Cette corrélation est faible, et elle ne permet ni de calculer un facteur de multiplication, ni de dire de combien le risque augmente entre le troisième et le cinquième jour.

Ce qui change concrètement entre 3 et 5 jours tient en un mot : le cumul. Le déficit en eau et en sel s'additionne jour après jour, la déplétion en potassium et en magnésium s'aggrave, et cet appauvrissement déplace le problème vers un autre moment que celui auquel vous pensez. Pas vers le creux du jeûne. Vers la reprise.

Cinq jours n'est pas une durée physiologique, c'est une durée calendaire.

Pourquoi votre cerveau ne tourne pas encore aux cétones à J5

L'affirmation circule partout : dès le troisième jour, le cerveau tirerait deux tiers de son énergie des corps cétoniques. Elle a une origine précise. Elle vient de travaux menés sur trois patients obèses jeûnant pendant cinq à six semaines (Owen et al., J Clin Invest 1967).

À J3 comme à J5, l'organisme est en train de basculer vers les cétones. L'état de pleine épargne des protéines décrit par Owen et Cahill correspond à plusieurs semaines de jeûne, pas à quelques jours. Cinq jours, c'est le milieu de la transition, pas la fin. La différence compte, parce que c'est pendant cette transition que les protéines corporelles sont le plus sollicitées.

Le jeûne de 5 jours de Valter Longo est-il le même que le vôtre ?

Le régime imitant le jeûne mis au point par Valter Longo dure lui aussi exactement 5 jours, et c'est ce qui prête à confusion. Mais il apporte des calories chaque jour, de l'ordre de 1 100 kcal le premier jour puis 700 à 800 les suivants. L'essai de référence (Wei et al., Sci Transl Med 2017) a porté sur 100 adultes et montré une perte de masse grasse sans perte musculaire.

Ce n'est pas un jeûne, c'est un régime hypocalorique standardisé. Ses résultats, en particulier l'absence de perte musculaire, ne se transposent pas à quelqu'un qui ne boit que de l'eau pendant cinq jours. Deux interventions différentes qui ne partagent qu'une durée.

Que disait vraiment l'étude qui rassure sur le jeûne prolongé ?

Si vous avez lu que le jeûne prolongé provoque moins de 1 % d'effets indésirables, vous avez lu une donnée exacte. Elle porte simplement sur autre chose que ce que vous vous apprêtez à faire.

L'étude existe, elle est sérieuse, elle a suivi 1 422 sujets et elle a été publiée dans PLOS ONE en 2019. Nous ne l'attaquons pas. Nous la lisons.

Le point décisif se trouve dans sa section méthodes. Les participants recevaient chaque jour un jus de fruit ou de légume frais pressé de 250 ml à midi, et une soupe de légumes de 250 ml le soir, soit 200 à 250 kcal et 25 à 35 g de glucides par jour, avec 20 g de miel en option. Ce n'est pas un jeûne hydrique.

Et c'est là que tout bascule sur le plan mécanistique. Cet apport de glucides, même modeste, arrête net la natriurèse du jeûne, c'est-à-dire exactement le mécanisme responsable des malaises décrits plus haut. Le protocole de référence en matière de sécurité neutralise chaque jour le risque principal du jeûne hydrique.

Les autres écarts vont dans le même sens. 63,4 % des participants n'étaient pas obèses. Étaient exclus les insuffisances rénale, hépatique et cérébrovasculaire avancées, la cachexie, l'anorexie mentale, la démence, la grossesse et l'allaitement. Une surveillance infirmière et médicale s'exerçait quotidiennement, avec un examen médical deux à trois fois par semaine et un bilan sanguin comprenant les électrolytes avant le début et à la fin du séjour.

Les auteurs eux-mêmes écrivent que leurs résultats sont spécifiques à leur établissement et possiblement non applicables ailleurs. C'est la phrase la plus prudente de l'article, et c'est celle qu'on ne reprend jamais.

Ce que faisait l'étude citée partout (1 422 participants)Ce que fait un jeûne hydrique de 5 jours à la maison
Apport quotidienUn jus pressé de 250 ml à midi, une soupe de légumes de 250 ml le soir, soit 200 à 250 kcal et 25 à 35 g de glucides par jourDe l'eau. Zéro calorie, zéro glucide, donc rien pour interrompre la fuite de sodium
SurveillancePersonnel infirmier et médical tous les jours, examen médical 2 à 3 fois par semaineVous, seul, en vous fiant à ce que vous ressentez
Bilan sanguinPrise de sang avec électrolytes avant le début et à la fin du séjourAucune, sauf démarche personnelle auprès de votre médecin
Sélection médicale préalableExclusion des insuffisances rénale, hépatique et cérébrovasculaire avancées, de la cachexie, de l'anorexie mentale, de la démence, de la grossesse et de l'allaitement. 63,4 % des participants n'étaient pas obèsesAucun filtre. La décision se prend sans que personne n'ait vérifié le terrain ni les traitements en cours
Reprise alimentaireRéalimentation progressive conduite dans l'établissement, sous surveillanceReprise seul, au moment précis où le risque est le plus élevé
Ce qu'en disent les auteursRésultats présentés comme spécifiques à cet établissement et possiblement non applicables ailleursLa citation la plus prudente de l'étude est celle qu'on ne reprend jamais

Source : Wilhelmi de Toledo et al., PLOS ONE 2019, protocole et critères d'exclusion tels que décrits dans la section méthodes.

Que se passe-t-il quand un jeûne hydrique strict est surveillé jour et nuit ?

Il existe une étude qui a suivi, elle, de vrais jeûnes à l'eau seule. Ses chiffres ne ressemblent pas du tout aux précédents, et ce n'est pas une contradiction.

Elle porte sur 768 séjours de jeûne hydrique strict, en résidentiel, avec une surveillance médicale 24 heures sur 24. Le chiffre qui en ressort : 27,6 % des séjours, soit 212 sur 768, ont connu un événement indésirable de grade 3, c'est-à-dire qualifié de sévère. Malgré cette surveillance permanente.

Les manifestations les plus fréquentes sont celles que vous reconnaîtrez : fatigue chez 48,2 % des séjours, insomnie 33,5 %, nausées 32,2 %, céphalées 30,1 %, présyncope 28,3 %.

Un cas mérite d'être raconté en clair, parce qu'il est plus parlant que n'importe quel pourcentage. Un homme de 73 ans a présenté une déshydratation de grade 3 survenue au troisième jour, avec céphalées, fièvre et hausse de la pression artérielle. Il a été transféré aux urgences, a reçu des électrolytes par voie intraveineuse et est resté trois jours hospitalisé.

Regardez bien ce tableau clinique. Céphalées, fièvre, sensation de fébrilité au troisième jour, c'est exactement ce que les forums appellent la crise de détoxination. Ce n'est pas la preuve que le corps se nettoie, c'est le tableau d'une déshydratation sévère.

À retenir Moins de 1 % d'un côté, 27,6 % de l'autre, ce ne sont pas deux vérités concurrentes. Ce sont deux protocoles différents, l'un avec 200 à 250 kcal par jour, l'autre à l'eau seule, et deux méthodes de recueil différentes, l'un déclaratif, l'autre par relecture des dossiers avec cotation standardisée de la sévérité. Selon le protocole que vous suivez, vous relevez de l'un ou de l'autre chiffre.

Source : Finnell et al., BMC Complement Altern Med 2018;18:67.

Combien de kilos perd-on avec un jeûne hydrique de 5 jours ?

Nous répondons à cette question, parce que c'est souvent la vraie raison du jeûne, et parce que la réponse honnête est plus utile qu'un chiffre.

Un jeûne de 5 jours entraîne 4 à 6 % de perte de poids. Pour un adulte de 80 kg, cela représente 3 à 5 kg sur la balance.

Maintenant la composition de ces kilos, qui change tout. Environ deux tiers du poids perdu n'est pas de la graisse. Une précision indispensable ici, parce qu'elle est presque toujours escamotée : ce qu'on appelle masse maigre dans ces mesures inclut l'eau corporelle, massivement déplétée par la fuite de sodium décrite plus haut. Une part importante de cette perte revient donc dès les premiers repas, en même temps que l'eau et le sel. Le chiffre ne décrit pas du muscle parti sans retour, il décrit un compartiment hydrique vidé.

Sur la durabilité, les données disponibles sont sobres. Dans un essai, la perte était reprise en totalité à 3 mois. Quand un régime hypocalorique prend le relais après le jeûne, une perte faible, de l'ordre de 1 à 2 %, se maintient à 2 à 4 mois.

Et voici la donnée qui tranche, celle que nous retenons en consultation : 3 à 4 mois après, les bénéfices métaboliques ont disparu, y compris chez les personnes qui avaient maintenu leur perte de poids. Le bénéfice mesuré ne survit donc pas au retour à l'alimentation, même quand la balance, elle, tient.

Le cadre général va dans le même sens. L'ANSES, dans son évaluation des pratiques d'amaigrissement de 2010, documente une reprise du poids perdu chez plus de 90 % des personnes sur 2 à 5 ans.

Source : Ezpeleta et al., Nutrition Reviews 2024;82(5):664-675.

Un dernier point, souvent négligé : la vitesse de perte compte autant que le chiffre affiché sur la balance. La HAS a défini des seuils chiffrés à partir desquels une perte de poids devient un critère de dénutrition, et les seuils de dénutrition de la HAS sont détaillés ailleurs sur ce site. Si vous enchaînez les jeûnes, c'est cette pente-là qu'il faut regarder, pas le poids d'un matin.

Un jeûne de 5 jours détoxifie-t-il l'organisme ou déclenche-t-il l'autophagie ?

Sur la détox, trois phrases suffisent. Le foie et les reins font ce travail en continu : ils ne s'arrêtent pas quand vous mangez et ne s'activent pas parce que vous jeûnez. Les symptômes vendus comme une crise de détoxination correspondent, dans les données disponibles, à un déficit en eau et en sel. Nous avons détaillé ailleurs ce qui agit réellement sur votre foie.

L'autophagie mérite un traitement plus sérieux, parce qu'elle est souvent caricaturée dans les deux sens.

C'est un mécanisme réel, celui par lequel la cellule dégrade et recycle ses propres composants abîmés. Il a valu un prix Nobel de médecine en 2016 à Yoshinori Ohsumi, et la recherche sur le sujet est active et légitime. Personne de sérieux ne conteste ça.

Le détail qui manque presque toujours au récit : ce Nobel 2016 a été attribué pour des travaux sur la levure, avec l'identification de 15 gènes de l'autophagie en 1993 (communiqué officiel du comité Nobel). C'est un travail fondamental majeur. Ce n'est pas une démonstration chez l'humain à jeun.

Le vrai problème est ailleurs, et il tient en un mot : la transposition. Les repères qui circulent viennent de modèles murins, et leur extrapolation à l'humain est explicitement contestée dans la littérature. Un ordre de grandeur suffit à comprendre pourquoi : un jeûne de 48 heures fait perdre environ 20 % de son poids à une souris, contre moins de 2 % à un humain qui jeûne 4 jours (Pietrocola et al., Autophagy 2017). Les deux organismes ne vivent pas le même événement, ni à la même échelle de temps.

S'ajoute une limite méthodologique qu'on ne peut pas contourner : il n'existe aucun biomarqueur validé en clinique humaine. Mesurer un flux autophagique suppose de bloquer la dégradation lysosomale, ce qui se fait chez la souris en injectant de la leupeptine deux heures avant le prélèvement. Inapplicable chez vous, à votre domicile, au cinquième jour.

La mesure directe la plus proche dont nous disposons est modeste : 36 heures de jeûne n'affectent que modestement l'autophagie du muscle squelettique humain, et seulement chez les personnes non entraînées (Dethlefsen et al., J Appl Physiol 2018).

L'autophagie n'est pas une croyance. Mais personne ne peut vous dire, chiffres à l'appui, où vous en êtes de la vôtre au cinquième jour.

Qui ne devrait jamais tenter un jeûne hydrique de 5 jours ?

Pour certaines situations, la question de la durée ne se pose même pas.

  • Grossesse et allaitement.
  • Diabète de type 1, et diabète de type 2 traité par insuline ou par sulfamides hypoglycémiants.
  • Insuffisance rénale, hépatique ou cardiaque, et antécédent d'accident vasculaire cérébral.
  • Antécédent ou suspicion de trouble du comportement alimentaire, y compris ancien. Un jeûne long est une des formes que prend la restriction, et il peut la réinstaller sans que la personne s'en aperçoive.
  • Cancer en cours. L'Institut national du cancer et le réseau NACRe écrivent qu'il n'est pas recommandé de pratiquer le jeûne ou un régime restrictif, en particulier en cas de dénutrition, en raison du risque de dénutrition et de sarcopénie.
  • Dénutrition, IMC bas, antécédent de chirurgie bariatrique, alcoolisme chronique, âge avancé, apports alimentaires déjà réduits.
  • Mineurs.

Reste une catégorie plus large, qui concerne une part importante des personnes qui nous lisent : toute personne sous traitement chronique, tant qu'elle n'en a pas parlé à son médecin. Cette situation mérite sa propre section, parce que c'est celle où les malentendus coûtent le plus cher.

Quels traitements changent complètement la donne avant un jeûne prolongé ?

Un jeûne modifie l'hydratation, le sodium, la volémie, la glycémie et la fonction rénale. Ce sont exactement les paramètres dont dépendent la plupart des traitements au long cours.

La question qui nous est posée en consultation n'est presque jamais celle de la durée, c'est celle des traitements.

Les traitements qui changent la donne

Une phrase de mécanisme par ligne. Aucun de ces points n'appelle une modification de votre traitement de votre propre initiative.

  • Metformine : le jeûne prolongé figure parmi les situations reconnues comme augmentant le risque d'acidose lactique.
  • Insuline et sulfamides hypoglycémiants : sans aucun apport de glucides, le risque d'hypoglycémie sévère est direct. Dans le diabète de type 1, le risque est celui d'une décompensation avec acidocétose.
  • Inhibiteurs SGLT2 (gliflozines) : des cas d'acidocétose à glycémie normale, donc trompeuse, ont été publiés en contexte de jeûne prolongé.
  • Diurétiques, inhibiteurs de l'enzyme de conversion, sartans, anti-inflammatoires non stéroïdiens : ces médicaments agissent sur la fonction rénale. Sur un terrain de fuite de sodium et de volume sanguin bas, les effets s'additionnent.
  • Lithium : le résumé des caractéristiques du produit indique qu'une augmentation de la lithiémie avec signes de surdosage peut survenir lors d'un régime désodé, et que les patients ne doivent être mis ni en régime désodé ni en restriction hydrique. Le lithium et le sodium entrent en compétition pour la réabsorption par le rein : toute perte accrue de sodium augmente la réabsorption du lithium, avec un risque d'intoxication aiguë grave.
  • Anticoagulants antivitamine K, antiépileptiques, psychotropes : ces situations n'ont pas fait l'objet d'études dédiées au jeûne de plusieurs jours. Les mécanismes en jeu justifient malgré tout d'en parler à votre médecin avant.

Il ne faut ni arrêter, ni espacer, ni diminuer un traitement de sa propre initiative pour jeûner ; ni le poursuivre à l'identique sans en avoir parlé. La seule conduite sûre est d'en discuter avec votre médecin avant, pas pendant.

Pourquoi la reprise alimentaire est-elle la phase la plus risquée ?

C'est le passage le plus contre-intuitif de tout le sujet. Le danger n'est pas maximal au creux du jeûne. Il est maximal quand vous recommencez à manger, c'est-à-dire au moment précis où vous pensez être tiré d'affaire.

Le mécanisme se dit en langage clair. À la reprise, l'arrivée de glucides fait remonter l'insuline. L'insuline pousse le phosphore, le potassium et le magnésium du sang vers l'intérieur des cellules. Les taux sanguins de ces trois éléments chutent, parfois brutalement. Or ce sont eux qui font battre le cœur et fonctionner les muscles et les nerfs. C'est ce qu'on appelle le syndrome de renutrition, et il survient dans les 5 jours suivant la reprise alimentaire.

Un second phénomène se produit en même temps, et presque personne ne le relie au premier. La reprise arrête la fuite de sodium, et le corps se met à reconstituer son stock avec avidité. Les chiffres mesurés donnent une reprise de l'ordre de 70 mEq de sodium par jour, soit environ 4 g de sel, accompagnée de 0,5 L d'eau chez le non-diabétique, et de 111 mEq, soit environ 6,5 g de sel, avec 0,66 L d'eau chez le diabétique de type 2. Voilà pourquoi les chevilles gonflent et pourquoi la balance remonte de plusieurs kilos en 48 heures. Ce n'est pas de la graisse reprise, c'est de l'eau et du sel qui reviennent.

Une nuance s'impose ici, pour ne pas transformer une vigilance en panique. Un jeûne de 5 jours chez un adulte en bon état nutritionnel ne remplit pas, à lui seul, les critères de haut risque définis par les sociétés savantes de nutrition clinique, qui visent des apports négligeables pendant plus de trois semaines ou une perte de poids de plus de 15 %. Ce n'est pas une raison de l'ignorer, c'est une raison de savoir sur quel terrain il compte.

Ce qui fait monter le risque à la reprise

  • Jeûnes répétés, rapprochés dans le temps
  • IMC bas
  • Alcoolisme chronique
  • Trouble du comportement alimentaire, actuel ou ancien
  • Antécédent de chirurgie bariatrique
  • Cancer
  • Âge avancé
  • Apports alimentaires déjà réduits avant le jeûne
  • Vomissements ou diarrhée survenus pendant le jeûne

Les signes à connaître, en langage courant : palpitations ou cœur irrégulier, essoufflement inhabituel, gonflement des chevilles ou du visage, confusion, désorientation, faiblesse musculaire marquée, fourmillements, malaise, convulsion.

Chez quelqu'un qui sort d'un jeûne long, voici ce que nous regardons en consultation : un ionogramme avec sodium et potassium, la phosphorémie, la magnésémie, la fonction rénale, la glycémie, et un électrocardiogramme selon le contexte. Précision utile : le phosphore et le magnésium ne figurent pas dans un bilan sanguin standard, il faut les demander explicitement, et c'est au médecin qui vous suit d'en juger.

Sources : da Silva et al., Nutr Clin Pract 2020;35(2):178-195, recommandations ASPEN ; Zanchi et al., Front Endocrinol 2020.

Que disent les autorités françaises sur le jeûne prolongé ?

Une chose frappe quand on cherche ce que disent les institutions françaises sur le jeûne de plusieurs jours : elles en parlent peu, et ce qu'elles écrivent est plus nuancé que les deux camps qui s'affrontent en ligne.

Le document le plus consistant est l'évaluation menée par l'Inserm en 2014, à la demande de la Direction générale de la santé. Ses formulations méritent d'être citées telles quelles. « Aucune donnée clinique reposant sur des essais méthodologiques rigoureux ne peut étayer aujourd'hui le bien-fondé de cette piste. » Et plus loin : « si la pratique du jeûne encadré médicalement semble globalement peu dangereuse, des risques réels existent ». Le rapport précise également que « le jeûne à visée préventive ou thérapeutique n'est pas à ce jour proposé dans un cadre médicalisé » en France. Sur l'ensemble de la littérature, seules 4 études randomisées avaient été identifiées, dont une seule de bonne qualité, portant sur 53 patients.

Ces deux phrases doivent être lues ensemble. Le jeûne encadré médicalement semble peu dangereux, et ce cadre médicalisé n'existe pas en France. Autrement dit, le seul contexte où des données de sécurité existent est précisément celui auquel vous n'avez pas accès.

L'Institut national du cancer et le réseau NACRe, en 2017, sont plus directs sur leur champ : « Il n'est donc pas recommandé de pratiquer le jeûne ou un régime restrictif ». L'ANSES, dans son rapport de 2010 sur les pratiques d'amaigrissement, documente pour sa part des effets délétères sur l'os, le cœur et le rein, ainsi que la survenue de troubles du comportement alimentaire.

Reste une absence qu'il faut nommer plutôt que de la combler. Nous n'avons identifié aucune recommandation de la Haute Autorité de santé portant spécifiquement sur le jeûne prolongé. Ni pour l'encadrer, ni pour le déconseiller.

Vos questions sur le jeûne hydrique

« Je suis à mon troisième jour et j'ai très mal à la tête, est-ce normal ? » La céphalée est l'un des symptômes les plus fréquents, rapportée dans 30,1 % des séjours de jeûne hydrique surveillé. Fréquent ne veut pas dire anodin. Un mal de tête qui ne cède pas alors que vous buvez, surtout accompagné de fièvre ou d'une tension qui monte, correspond au tableau de déshydratation sévère décrit dans cet article. Dans ce cas, la conduite n'est pas d'attendre la nuit, c'est d'arrêter et de vous faire voir aujourd'hui.

« Je n'ai plus faim du tout, c'est bon signe ? » C'est un signe attendu, pas un signe rassurant. Les corps cétoniques abaissent directement la ghréline, l'hormone de l'appétit, et l'absence de faim est rapportée par 93,2 % des jeûneurs, y compris par ceux qui font un incident. Votre principal capteur d'alerte est simplement éteint. C'est pour cette raison que la surveillance doit porter sur d'autres signes que la faim.

« J'ai déjà fait 5 jours, que dois-je surveiller maintenant ? » La fenêtre qui compte est celle des 5 jours qui suivent la reprise alimentaire. Ce qui doit vous faire consulter sans attendre : palpitations ou cœur irrégulier, essoufflement inhabituel, gonflement des chevilles ou du visage, confusion, faiblesse musculaire marquée, fourmillements, malaise. Une prise de poids rapide avec gonflement dans les 48 heures est d'abord de l'eau et du sel qui reviennent, mais elle mérite d'être signalée si elle s'accompagne de l'un de ces signes.

« Le jeûne fait-il fondre le muscle ? » La réponse honnête est nuancée. Environ deux tiers du poids perdu n'est pas de la graisse, mais ce compartiment mesuré inclut l'eau corporelle, très déplétée pendant le jeûne, et une part revient dès la reprise. Ce qui est établi, c'est que l'état de pleine épargne des protéines demande plusieurs semaines de jeûne. À cinq jours, l'organisme est au milieu de cette transition, donc encore en train de puiser dans les acides aminés.

« Puis-je continuer mes médicaments pendant un jeûne ? » C'est la question à poser avant, pas pendant, et elle ne se règle pas par un article. Le jeûne modifie l'hydratation, le sodium, la volémie, la glycémie et la fonction rénale, c'est-à-dire les paramètres dont dépendent la metformine, l'insuline, les sulfamides, les gliflozines, les diurétiques, les traitements de la tension et le lithium. Ni arrêt, ni espacement, ni diminution de votre propre initiative : c'est une conversation à avoir avec votre médecin traitant.

« Le jeûne de 5 jours de ProLon, c'est la même chose ? » Non, et la confusion vient de la durée identique. Le régime imitant le jeûne apporte des calories chaque jour, de l'ordre de 1 100 kcal le premier jour puis 700 à 800 les suivants. C'est un régime hypocalorique standardisé, pas un jeûne. Ses résultats, notamment l'absence de perte musculaire observée chez 100 adultes dans l'essai de Wei et coll., ne se transposent pas à quelqu'un qui ne boit que de l'eau.

« Faut-il ajouter du sel ou des électrolytes à l'eau ? » Nous ne publions pas de quantité, et c'est délibéré. Ajouter du sel modifie exactement le mécanisme qui fait la différence entre un jeûne bien vécu et un malaise, et le doser à l'aveugle chez soi, sans prise de sang, n'est pas anodin, en particulier sous diurétique, sous traitement de la tension ou sous lithium. C'est une question à poser à votre médecin, pas à un forum.

Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas une consultation et ne constitue pas un encouragement à jeûner. Si vous suivez un traitement au long cours, si vous êtes enceinte ou allaitante, si vous avez un diabète, une maladie du rein, du foie ou du cœur, ou un antécédent de trouble du comportement alimentaire, parlez-en à un médecin avant toute restriction alimentaire prolongée. En cas de malaise avec perte de connaissance, de douleur dans la poitrine, de confusion ou de trouble du rythme cardiaque, appelez le 15.

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